Forte baisse du chômage en septembre mais une inversion de la courbe qui n'est pas acquise

Il serait bien trop tôt, et imprudent, de crier à l'inversion nette et durable de la courbe promise par François Hollande. Les chiffres du chômage de septembre, publiés ce lundi après-midi, n'en constituent pas moins un résultat très encourageant à brandir pour l'exécutif en plein lancement de la campagne des élections régionales de décembre. Pôle emploi a ainsi enregistré un recul de 23.800 chômeurs de catégorie A, ceux n'ayant pas du tout travaillé dans le mois.
Exception faite du « bug » d'août 2013 (les chiffres avaient été faussés par un raté dans le processus d'actualisation), c'est la plus forte baisse enregistrée depuis le début du quinquennat et même depuis près de huit ans (novembre 2007). Elle donne corps aux signaux encourageants constatés sur le front économique, avec une nouvelle progression de juin à septembre des déclarations d'embauche en contrat de plus d'un mois et le retour en octobre du moral des patrons à son plus haut depuis quatre ans.
Ce recul du chômage efface la hausse surprise enregistrée en août et vient conforter l'idée, défendue depuis le printemps par le gouvernement, qu'il est désormais « stabilisé ». Sur un an, la hausse n'est plus que de 3,1 %. et surtout, à 3.547.800, en métropole, le nombre de chômeurs s'inscrit même en léger recul sur les quatre derniers mois (-4.400). Une telle accalmie ne s'était plus vu « depuis début 2011 », comme s'en félicite, dans un communiqué, Myriam El Khomri, la ministre du Travail, qui en conclut que « la tendance est orientée à la baisse ». A ce rythme, il faudrait toutefois attendre encore cinquante-cinq ans et huit mois pour revenir au niveau du début du quinquennat !
Dans le détail, le recul de septembre a massivement profité aux moins de 25 ans, avec 14.000 demandeurs d'emploi de moins. Le chômage des jeunes revient à son niveau de fin 2012. mais c'est avant tout le fruit d'un intense, et coûteux, recours aux contrats aidés. Le mois a aussi été marqué par une stabilisation du chômage des plus de 50 ans, en hausse quasi constante depuis 2008. Pas de miracle en revanche pour les chômeurs de longue durée, dont le nombre continue d'exploser.
Un important bémol ressort en outre des chiffres de septembre : en intégrant les demandeurs d'emploi ayant en partie travaillé dans le mois (catégories B et C), le chômage s'est « contenté » de quasi stagner (+1.800). Un phénomène classique en phase de reprise : des chômeurs ne travaillant pas du tout retrouvent des emplois de courte durée - l'intérim rebondit depuis le début de l'année - et basculent ainsi de la catégorie A à la B ou la C. La CFDT note ainsi que la « reprise » de l'emploi « se fait essentiellement en contrats courts » tandis que pour la CGT, « ces chiffres confirment la montée de la précarité ». Les Républicains évoquent « une fausse éclaircie dans le brouillard du chômage », et le FN une « baisse en trompe l'oeil ».
Tout l'enjeu pour l'exécutif est désormais de voir ce bon résultat se transformer en baisse durable. Il espère pour cela atteindre dès la fin de l'année le rythme nécessaire de 1,5 % de croissance, tandis que l'Unédic table dans ses dernières prévisions sur une baisse réelle mais contenue en 2016 (-51.000). Pour accélérer les résultats sur l'emploi, Matignon et l'Elysée exhortent le patronat à prendre plus d'engagements d'embauches dans le cadre du pacte de responsabilité et misent sur la réforme du droit du travail annoncée pour début 2016, censée favoriser l'emploi en donnant plus de souplesse aux entreprises. Hier, le Medef a de nouveau appelé, face à l'« urgence » à « lever les verrous à l'embauche », précisant qu'il « attend beaucoup de la réforme du Code du travail », dont Myriam El Khomri devrait présenter les grandes lignes la semaine prochaine.


Les Echos, 27 octobre 2015