PSA, un groupe prêt pour la reconquête
A quelques semaines de céder la place, le président du directoire de PSA détaille le redressement en cours et exprime sa confiance dans l'avenir
PSA Peugeot Citroën entre dans une nouvelle ère. Lors des résultats financiers 2013, mercredi 19 février, Philippe Varin, le président du directoire du groupe automobile, a dévoilé non seulement un projet d'augmentation de capital, mais aussi plusieurs mesures de relance du groupe, que Carlos Tavares, son successeur, pourra utiliser. Philippe Varin détaille ces changements.
Vous venez de présenter des résultats financiers meilleurs que prévus. PSA est-il sur la voie de la guérison ?
Oui, indubitablement. PSA Peugeot Citroën a traversé une période très difficile, mais nous avons pris la mesure de l'enjeu, et notre redressement est bien enclenché. En 2013, nous avons déjà réduit notre consommation de trésorerie à 426 millions d'euros, en comparaison avec 3 milliards en 2012.
Au-delà, nous prenons quatre mesures fortes afin de garantir la relance à long terme du groupe. Nous lançons tout d'abord un vaste partenariat industriel et commercial avec Dongfeng, notre partenaire historique en Chine, ainsi qu'une augmentation de capital de 3 à 4 milliards d'euros, qui prévoit les entrées de Dongfeng et de l'Etat au capital du groupe. Nous allons par ailleurs rapprocher la Banque PSA Finance de la banque espagnole Santander.
Enfin, nous avons renouvelé une ligne de crédits syndiqués de 2,7 milliards d'euros. Avec ces mesures, nous avons sécurisé notre avenir. Et Carlos Tavares, qui dirige désormais la branche automobile de PSA, dispose d'un socle solide pour relancer le groupe.
Le choix de l'augmentation de capital, en partie réservée à l'Etat et Dongfeng, met fin à cent vingt et un ans de pouvoir des Peugeot au sein du groupe automobile. Ne pouvait-on l'éviter ?
Le directoire et le conseil de surveillance ont examiné tous les scénarios et toutes les solutions de financement possibles. Il y a eu débat, c'est naturel et c'est souhaitable. Une augmentation de capital de 3 à 4 milliards d'euros en partie réservée à Dongfeng et à l'Etat, ajoutée à une levée de fonds sur les marchés financiers, est apparue la meilleure solution possible pour le groupe et toutes les parties prenantes, dont la famille. C'est à la fois un bon projet pour la pérennité du groupe, pour la France et sa filière automobile, et pour le rayonnement du pays en Chine, où Peugeot, Citroën et DS défendent l'image nationale.
Les Peugeot, Dongfeng et l'Etat disposeront chacun de 14 % du capital de PSA. Ce " lion à trois têtes " est-il gérable ?
Avec six administrateurs représentant ces trois actionnaires, six indépendants et deux salariés, le conseil de surveillance est équilibré. Dans cette structure duale, ce conseil surveille et le directoire dirige. Le groupe a une chance inouïe d'avoir à la fois à son conseil les Peugeot, qui ont une connaissance approfondie de la société, l'Etat, des spécialistes de l'Asie, et les administrateurs indépendants. Carlos Tavares pourra s'appuyer sur un conseil solide.
N'avez-vous pas vendu simplement PSA à la Chine ?
Non, cette mesure s'inscrit dans un projet industriel plus large. Nous travaillons avec Dongfeng depuis vingt ans et, entre nos deux groupes, la confiance est forte. S'allier avec eux s'imposait d'autant plus que la Chine et l'Asie du Sud-Est représenteront à l'avenir plus de 60 % de la croissance du marché automobile mondial. Ne pas y être, serait une erreur. Y être avec Dongfeng, est un avantage. Alors que nous avons vendu 550 000 véhicules en Chine en 2013, nous visons au début des années 2020 1,5 million de véhicules Citroën, Peugeot et Fengshen, une marque de notre partenaire.
Comment tenir cet objectif ?
Dongfeng veut avant tout croître en Chine et en Asie. Nous aussi, avec eux. Avec nos plates-formes, nos technologies, leur savoir-faire en matière d'achats et la création en Chine d'un centre de recherche et développement commun, nous allons développer ensemble des véhicules pour les pays émergents.
Allez-vous transférer des technologies en Chine ?
Notre objectif est de pleinement valoriser nos technologies et nos savoir-faire. Et Dongfeng en a besoin pour répondre aux réglementations drastiques d'émissions qui seront progressivement imposées en Chine. Depuis vingt ans, Dongfeng a toujours payé rubis sur l'ongle les royalties liées à l'utilisation de nos technologies. A l'avenir, pourquoi cela changerait-il ? A l'horizon 2020, nous visons 400 millions d'euros de synergies tirés de nos activités en Chine.
Cela ne réglera rien en Europe ?
En Europe, le travail pour baisser nos coûts de production a déjà été engagé. Sur les 1,5 milliard d'euros de baisse des coûts prévu, nous avons déjà engrangé 900 millions d'économies grâce à la restructuration engagée, entre les 8 000 départs, la fermeture de l'usine d'Aulnay - Seine-Saint-Denis - et le nouveau contrat social.
En 2015, nos usines tourneront en moyenne à 100 % en Europe, contre 72 % en 2013. Nous bénéficierons également de l'effet des synergies avec General Motors, avec trois projets communs. Par ailleurs, nous avons mené un travail de repositionnement de nos marques afin de relancer la conquête commerciale.
A quoi servira l'augmentation de capital de 3 à 4 milliards d'euros ?
Ces moyens vont nous permettre tout d'abord de désendetter le groupe, qui subit des charges financières élevées. Ils serviront également à relancer les investissements en recherche et développement, notamment dans le domaine de l'hybride rechargeable.
De même, cela permettra d'investir dans les usines tant en Europe qu'en Amérique latine et en Russie. Nous confirmons ainsi l'investissement de 1,5 milliard d'euros dans nos usines françaises d'ici à 2016 ainsi que la production de 1 million de voitures par an dans notre pays à cet horizon.
PSA a-t-il le projet d'ouvrir une usine à la périphérie de l'Europe pour produire à moindre coût des petites voitures ?
Si aucun constructeur européen ne produit en Europe de l'Ouest des petites citadines, ce n'est pas un hasard. Nous avons partagé ce constat avec les partenaires sociaux et nous étudions comment répondre à ce défi. Mais PSA ne dispose pas aujourd'hui de projet identifié de nouvelle usine en périphérie de l'Europe.
A quoi sert l'adossement de Banque PSA Finance à Santander ?
Le partenariat avec Santander est important, car nous serons en mesure d'offrir des financements plus attractifs à nos clients. Aujourd'hui, quand un concurrent propose des prêts à l'achat de voiture à 0 % - Volkswagen - , nous ne pouvons pas suivre, vu nos coûts élevés de refinancement. Par ailleurs, en adossant Banque PSA à Santander, nous allons pouvoir progressivement libérer dans nos comptes 1,5 milliard d'euros immobilisés pour garantir les prêts actuels.
Si des noms circulent, aucun président du futur conseil de surveillance de PSA ne se détache encore. Etes-vous candidat ?
Non, je ne suis pas candidat. Je me retirerai le 31 mars de mon poste de président du directoire. Ce dont je suis le plus fier, c'est que l'actuel directoire a su trouver des solutions pour remettre le groupe en état de repartir à la conquête. Ce que, j'en suis pleinement confiant, saura faire Carlos.
Propos recueillis par Philippe Jacqué, Le Monde du 20 févier 2014.