Paiement instantanné Les Echos 26 juin 2017

La BCE va créer l'infrastructure permettant de faire des virements en temps réel entre pays de l'UE. Mais les cas d'usages de ce nouveau moyen de paiement restent à imaginer.

Halte aux hésitations, il est temps d'agir pour créer le paiement instantané européen ! Tel était peu ou prou le message implicite adressé en fin de semaine aux banques du Vieux Continent par la Banque centrale européenne (BCE).

L'institution de Francfort a annoncé qu'elle allait développer un service pour le règlement des transactions réalisées avec ce nouveau moyen de paiement, équivalent d'un virement en temps réel. Baptisé « TIPS » - pour « Target instant payment settlement » -, ce service devrait être opérationnel en novembre 2018. « Il contribuera à faciliter les transferts de fonds instantanés offerts, via les banques, afin que les citoyens et les entreprises puissent réaliser des paiements de détail instantanés dans toute l'Europe », a précisé la BCE.

Si certains pays comme le Luxembourg comptent s'y connecter pour tous ses paiements instantanés, le but n'est pas de concurrencer les infrastructures domestiques en cours de construction : mais plutôt de les rendre interopérables. Et par là même de faire émerger un moyen de paiement véritablement européen. Faute d'être parvenue à créer un système de paiement par carte capable de concurrencer les deux grands réseaux américains ultra-dominants, Visa et MasterCard, la BCE place en effet beaucoup d'espoirs dans le paiement instantané.

Nombre de pays de l'UE sont sensibles à l'argument politique et les chantiers techniques y sont bien avancés. En France, le processeur domestique de paiements électroniques STET aura bouclé cet automne le corpus de règles de fonctionnement qu'il proposera aux banques françaises et belges pour traiter les virements en temps réel.

Convaincre

Elles mettront alors à jour leurs chaînes de paiement pour se connecter au système domestique, ce qui devrait être fait au début de 2018. Puis il faudra que les banques définissent et construisent l'infrastructure qui permettra aux commerçants d'accepter cette façon de payer et aux clients de l'utiliser. C'est là que le bât blesse ! Ce chantier leur coûtera plusieurs dizaines de millions d'euros alors qu'ils n'ont pas trouvé comment rentabiliser cet investissement auprès des utilisateurs et que la BCE précise qu'elle leur facturera son service de règlement transfrontalier (0,20 centime maximum par paiement durant les deux premières années). « Le paiement instantané garantit au vendeur qu'il touche l'argent en temps réel mais la carte bancaire lui garantissait déjà le paiement. Cela fait les affaires de la trésorerie des commerçants mais les consommateurs ne demandent pas à être débités dans la seconde ! Il va falloir trouver de nouveaux cas d'usage convaincants », s'inquiète un banquier. C'est la mission du Comité national des paiements scripturaux, instance de concertation hexagonale créée en 2015. « Quels sont les besoins des commerçants, des créanciers et des banques ? Quelle expérience le client final souhaite-t-il ? L'objectif est de définir des principes de convergences entre ces différentes parties pour définir une offre suffisamment complète et susceptible de rassembler cinq à dix banques », précise un expert du sujet.

Les premières réponses devraient émerger à l'automne, avant que des offres commerciales se concrétisent fin 2017, voire en 2018.

Ninon Renaud, Les Échos, 26 juin 2017.