Titre Le Monde 12 oct 2016

 

Facade NYSE introduction en bourse de Twitter nov 2013 Le Monde 12 oct 2016

 

La situation est paradoxale. Twitter, le site de minimessages chéri par les stars, les médias et les politiques, devenu cette caisse de résonance incroyable qui a encore suscité 17  millions de tweets lors du second débat entre Hillary Clinton et Donald Trump, ne trouve pas de repreneurs. Disney, Salesforce et Google, qui avaient étudié le dossier avec des banques d'affaires, auraient fait défection, comme l'a rapporté Bloomberg. Lundi 10  octobre, le titre a encore dégringolé de 11  % à la Bourse de New York, portant sa chute à 30  % en cinq séances. L'entreprise ne cote plus que 17,6  dollars. Le réseau social au petit oiseau bleu vaut désormais 12  milliards de dollars (10,8  milliards d'euros), soit 2  milliards de moins que lors de son introduction en Bourse il y a trois ans.

Comment expliquer la soudaine volte-face de ces candidats potentiels ? Principale raison : son prix. " Twitter est trop cher. Ils ne font pas suffisamment de profits et ne dégagent pas assez de cash ", explique Michael Pachter, directeur de la recherche chez Wedbush Securities. " La société cherche à obtenir entre six et huit fois ses revenus estimés pour 2016. Son prix est particulièrement élevé et ce, alors qu'elle est à la traîne de ses concurrents. Twitter n'est pas assez vieux pour être aussi gros que Facebook, mais est trop âgé pour enregistrer des taux de croissance à la Snapchat. C'est une acquisition chère et risquée ", abonde Eleni Marouli, analyste principale en charge de la publicité chez IHS Markit.

L'étoile pâlie de la Silicon Valley reste obstinément dans le rouge. Au second trimestre, le réseau social a enregistré une perte de 107  millions de dollars pour un chiffre d'affaires en hausse de 20  %, à 535  millions de dollars. Au cœur des inquiétudes, la stagnation du nombre d'utilisateurs. Lors de ses derniers résultats, Twitter comptait 313  millions de personnes, contre 304  millions il y a un an. Il a pourtant multiplié les tentatives pour résoudre ce problème récurrent.

Trouver un " intérêt stratégique "

Cette année, la société a entamé un virage vers les médias, mettant l'accent sur la vidéo et devenant un distributeur de programmes de télé. Il avait notamment déboursé 10  millions de dollars auprès de la National Football League pour retransmettre dix rencontres par saison du championnat de football amé-ricain. Las, ce virage stratégique n'a pour l'instant pas porté ces fruits. " Il y a eu du retard dans le lancement des produits, une grosse rotation dans le management. Même s'il investit, Twitter devrait générer de bonnes marges. Or, ce n'est pas le cas ", remarque Leslie Griffe de Malval, analyste au sein du fonds FourPoints.

Face à cette situation compliquée, le conseil d'administration a engagé Goldman Sachs et Allen &  Co en septembre afin d'examiner une vente, malgré l'opposition du fondateur et actuel patron du groupe, Jack Dorsey.

Pour qu'un repreneur se décide à ouvrir véritablement les cordons de la bourse, il faudrait qu'il voit dans Twitter " un véritable intérêt stratégique ", dit Michael Pachter. L'acquéreur naturel aurait pu être Google, en raison des synergies que le duo aurait pu travailler dans la publicité. Pour le moteur de recherche, le petit oiseau bleu lui permettrait de se faire une place dans les réseaux sociaux, d'où il demeure cruellement absent. " Mais Twitter reste un petit business incapable de changer la donne pour Google ", tranche Jan Dawson, qui a fondé Jackdaw Research.

Pas facile non plus de convaincre un groupe de médias tel que Disney. Tout d'abord, aucun d'entre eux n'a besoin de le racheter pour distribuer ses contenus. Une reprise par un média serait même contre-productive. " Cela serait de nature à faire fuir les autres. Tous craindraient de transmettre des données confidentielles à leur concurrent via Twitter. Le retrait de Disney était inévitable ", juge M.  Dawson.

L'éditeur de solutions de cloud computing, cette informatique délocalisée, Salesforce faisait partie des candidats jugés les plus sérieux. Son fondateur, le -visionnaire et original Marc Benioff, voulait faire du réseau social un outil au service de la -relation client. Mais la perspective d'un rachat de l'entreprise faisait peur aux investisseurs. " On peut se demander s'il n'y avait pas une part de vanité dans sa démarche ", estime Jan Dawson. Pour le moment, Marc Benioff semble avoir battu en -retraite.

Quel est dès lors l'avenir de Twitter ? L'histoire n'est peut-être pas terminée. " Je suis sûr que l'un de ces trois acquéreurs potentiels pourrait être intéressé si le prix était plus bas ", juge Michael Pachter. Il faudrait donc que la société accepte de se vendre sous son cours d'introduction ; une concession qu'elle ne semble pas disposée à faire. Certains la voient poursuivre seule, le temps de se réinventer.

Sandrine Cassini

Le Monde, 12 octobre 2016

 

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